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La communication de Bruno Balbis fut présentée au « Congresso Bibliologico Francescano Internaziorale », en 1949. Elle a pour thème principal la documentation.
Si l’auteur a choisi un tel sujet c’est parce que « l’un des objectifs principaux de la documentation est celui de contribuer concrètement à la constitution, sur des bases strictement scientifiques et rationnelles, de la bibliologie, qui elle, est une science autonome embrassant toutes les connaissances théoriques et pratiques relatives non seulement au livre mais aussi au document, en second lieu, parce que la documentation représente justement la phase la plus moderne de la bibliologie, à qui elle ouvre de nouveaux horizons de recherches et d’études; en troisième lieu, parce que les meilleurs bibliographes étrangers, livrés à l’étude et à l’activité documentaire, ont démontré 1importance qui lui a été attribuée ; enfin, parce qu’au moment où elle est née, la documentation a sérieusement contribué au développement de la bibliographie et de la bibliothéconomie »1.

Cette communication a le mérite de nous permettre de suivre le mouvement documentaire en Europe. Elle se divise en trois parties : l’histoire de la documentation, la nature de la documentation et les organisations de la documentation. Ces organisations sont réparties en quatre catégories : centres de documentation, offices de documentation, centres d’information et unions nationales d’organismes documentaires. L’influence du grand maître Paul Otlet y est incontestable, d’ailleurs une partie commémorative lui est consacrée.

Le tour d’horizon historique, qu’il retrace en première partie, est exhaustif et complet. En ce qui concerne la classification, nous retrouvons les noms de La Croix du Maine (1583), du grand bibliothécaire italien Antonio Panizzi, de J. B. Hebert2, de Natale Battezzati3 et de Dewey.

Il retrace de même les activités de l’Institut International de Bibliographie créé par Otlet et Lafontaine en 1895 à Bruxelles ; du Concilium bibliographicum créé aussi en 1895 par le docteur Herbert Field à Zurich ; de l’International Catalogue of Scientific Litterature créé en 1896 à Londres et basé sur la collaboration d’un certain nombre d’organisations nationales ; et de l’Institut Hollandais de Documentation à Aja fondé en 1921.

Après la partie historique, il essaye de délimiter la frontière entre documentation et bibliographie en se basant sur une comparaison réalisée par van Riemsdyk. II adopte les mêmes définitions que ce dernier4.

Balbis fait remonter l’histoire de la bibliologie comme science au début du XVIIIe siècle selon lui : « une des définitions les plus anciennes est celle de l’Abbé Rive (1730-1792) qui la considère comme l’art de discourir sur le livre et d’en parler convenablement soit en ce qui concerne son contenu soit en ce qui concerne son histoire »5.

Il cite de même Peignot, s’attarde sur la conception d’Otlet, rappelle le point de vue de Zivny, de Tukalevski qui demande que la bibliologie soitplacée « au premier rang des sciences reconnues utiles pour le développement de l’instruction du peuple… », de Georges Schneider, du bibliographe italien Albano Sorbelli et de Gabriel Garnier.

Toutes ces définitions ont en commun le fait de considérer la bibliologie comme science du livre. Nous savons que depuis, cette science est devenue la science de l’écrit et de la communication écrite6.

Balbis rappelle que « la documentation s’occupe d’une grande partie des problèmes les plus importants de la bibliologie..., et c’est pourquoi elle est intéressante à la constitution de cette nouvelle science, qui a une importance énorme pour le développement de la civilisation moderne »7. Il donne, à titre indicatif, les branches qui doivent constituer cette science. Il nous a semblé utile d’en redonner ci-dessous les grandes lignes.

“La bibliologie, science du livre, peut être divisée en quatre branches principales distinctes, liées organiquement l’une à l’autre :

  1. La bibliologie technologique : considérée comme l’étude de la forme, de la production et de la reproduction des documents.
  2. La bibliologie économique : considérée comme l’étude des différents systèmes de regroupement et de recensement, d’administration et de circulation du matériel documentaire.
  3. La bibliologie sociologique : considérée comme l’étude de l’organisation et de la valorisation du matériel documentaire, dans le but d’une meilleure organisation rationnelle de tout le travail intellectuel.
  4. La bibliochronie : considérée comme l’étude de l’évolution et de l’histoire du matériel documentaire, non plus scindé dans ses éléments, mais intégralement examiné dans son ensemble… Elle comprend, en plus de l’histoire du livre proprement dite, des traités historiques particuliers, comme celui relatif à l’alphabet, à l’imprimé périodique, à la bibliophilie, à la vente en librairie, à la bibliothèque et à la technologie graphique.

La documentation en Italie

En ce qui concerne l’Italie, Balbis reconnaît que ce n’est pas une tâche facile que de recueillir des données concrètes sur l’activité documentaire « puisqu’à ce jour il n’y a pas d’organisme qui canalise le travail et les informations relatives aux différents organismes publics et privés italiens de documentation »8.

Selon lui, l’organisme documentaire le plus important fut jusqu’alors le Conseil national de la recherche (CNR) fondé en novembre 1923 et renforcé en 1938 par la constitution en son sein d’un Centre National de Documentation Technique. D’ailleurs c’est par cet organisme que fut représentée officiellement l’Italie au sein de la FID en 1939. Mais cette participation à la FID « a été maigre : en conséquence… la voix italienne n’a pas eu jusqu’à présent une grande résonance »9. Pourtant une activité documentaire italienne d’une certaine importance existait indiscutablement depuis de nombreuses années.

En effet, une étude du Centre National de Documentation Technique du CNR montre, qu’en juillet 1940, 62 organismes de documentation existaient en Italie. Certains de ces organismes étaient fondés par l’Etat, d’autres par des sociétés et par d’autres, privées. Presque tous développent une activité documentaire étroitement limitée à des secteurs particuliers de la technique.

En plus du CNR, Balbis cite le Centre de photo-documentation scientifico-technique de Milan ; les différents offices de documentation installés dans les principales sociétés comme la Fiat, Pirelli, etc. ; le Centre bibliographique médical ; la fondation A. Bertuzzi pour le progrès de l’industrie agricole ; le Centre Italien de Documentation Technique. Il existe de même un organisme de normalisation « Ente nazionale per l’unificazione nell’industria »à Milan.

Dans les années 1938 à 1942 eurent lieu quelques congrès nationaux d’une certaine importance avec le concours du CNR et du Centre Volpi pour l’électrologie, premier centre en Italie à adopter la classification décimale universelle. Ces conférences s’intéressaient aux problèmes les plus urgents de la documentation et avaient pour mission l’unification de l’activité documentaire nationale développée partiellement par les divers organismes publics et privés.

II rapporte aussi que le 20 juin 1949 s’est tenue à Milan, sous l’égide du CNR, une conférence de documentation technique. Etaient présents à cette conférence des représentants d’organismes documentaires publics et privés, mais aussi des représentants de sociétés industrielles. Dans cette conférence « ont été jetées les bases pour une éventuelle constitution d’une Union italienne de documentation ».

Notes

1. Balbis, Bruno . - in : II libro e le biblioteche. – Atti del primo congresso bibliologico francescano intenazionale, 10-27 febbraio 1949. - vol. 1. p. 261.
2. Essai sur la formation d’un catalogue général des livres et mss existants en France à l’aide de l’immatriculation. Paris 1848.
3. Nuovo sistema di catalogo bibliografico generale (Nouveau système de catalogue bibliographique général). Milan 1871.
4. en note de renvoi à la p. 279. ibid. note 1.
5. p. 284. ibid. note 1.
6. Estival, Robert. - La bibliologie. Paris: P.U.F.. 1987. (Que sais-je ?) p. 4.
7. p.289 ibid note 1.
8. p. 301 ibid. rote 1
9. p.301 ibid. note 1.

Publié par Joumana Boustany dans le Bulletin d'Informations Internationales de Bibliologie (BIIB) n° 14, (4e trim. 1991).